La crise anglophone : situation sécuritaire

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L’objectif de la présente recherche consiste à dresser un état des lieux de la situation dans deux régions du Cameroun, à savoir le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, secouées depuis octobre 2016 par ce que les observateurs nomment « la crise anglophone », c’est-à-dire un mouvement de contestation des populations anglophones s’étant mué au fil des mois en une situation d’insurrection avec des actions violentes menées par certains groupes sécessionnistes radicaux et des groupes armés, réprimés par les forces camerounaises. Ce document, qui constitue une mise à jour du COI Focus La crise anglophone daté du 23 avril 2018, porte en particulier sur les développements qui ont eu lieu entre avril 2018 et septembre 2019. La recherche documentaire a été clôturée le 16 septembre 2019.

Durant la période étudiée dans ce rapport, la zone anglophone a été le théâtre de fréquents affrontements entre les forces camerounaises et les différents groupes armés. Au cours de l’année 2018, de nouveaux mouvements plus radicaux et violents qui se revendiquent de la sécession et de la lutte armée ont émergé. Les observateurs (ICG, AI) considèrent qu’il existe actuellement une petite dizaine de groupes armés séparatistes qui disposent de plusieurs centaines de combattants. Il est difficile de les définir de façon précise tant leur leadership, leur composition et leurs signes de ralliement varient régulièrement. À côté de ces groupes principaux, d’autres groupuscules d’importance plus modeste sont également actifs dans les régions anglophones et se composent de quelques dizaines d’hommes. À la faveur de l’insécurité, des groupes purement criminels se sont développés et sévissent également dans la région.

Dans la poursuite de leurs objectifs, tant les forces camerounaises que les groupes séparatistes armés ont commis des violations des droits humains. Les séparatistes ont utilisé divers vecteurs de violence contre l'État camerounais et ses alliés présumés : embuscades armées, utilisation d’engins explosifs et pratique régulière d'enlèvements pour cibler les responsables gouvernementaux, les soldats, les chefs tribaux, les étudiants et les enseignants. En ce qui concerne les soldats et les agents de l'État, les enlèvements ont généralement été perpétrés à titre de mesure punitive. Dans les autres cas, les enlèvements commis par des sécessionnistes ont ciblé ceux qui ont marqué leur opposition ou ont désobéi aux injonctions des dissidents à suspendre leurs activités. À leur tour, les forces gouvernementales ont employé des stratégies telles que les détentions au secret, les exécutions extrajudiciaires, la torture et même la politique de la terre brûlée contre les sécessionnistes.

Les communautés civiles sont de plus en plus victimes des militants séparatistes et des forces de sécurité déployées dans la région. Au cours de la période étudiée, les pertes en vies humaines et les destructions de biens ont augmenté. Les ONG dénoncent les violations des droits humains commises tant par les forces de défense et de sécurité que par les groupes armés.

En raison de l’insécurité, l’éducation des enfants est compromise. Les étudiants des deux régions anglophones n’ont pas suivi les cours pendant deux ans. La population civile vit dans une situation humanitaire précaire, confrontée à la faim, à l'impossibilité de cultiver, au manque d'eau, à des difficultés de communication et, parfois, à la dislocation des familles. Les organismes d’aide humanitaire font face à des difficultés liées à un sous-financement et au faible accès aux zones impactées. La crise anglophone a déjà sérieusement entamé le tissu économique dans les régions où elle sévit. Elle a fragilisé différents secteurs tels que l’agro-industrie, les entreprises de télécommunication, de commerce et de distribution ainsi que le secteur agricole.

La désertion des villages et des villes augmente le nombre des réfugiés et des déplacés internes. Plus de 536.000 personnes issues des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest se sont déplacées de manière interne. Environ 39.000 personnes ont déjà été recensées par le HCR au Nigeria. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont perdu leurs documents d’identité dans leur fuite et dans l’incendie de leurs villages.

La situation en zone anglophone s’est donc embourbée et les tensions risquent de perdurer en raison de la résistance de l'État camerounais et des sécessionnistes à un règlement négocié. L’ICG est d’avis qu’aucun des deux camps n’est en mesure de l’emporter militairement à court terme et dresse le bilan de 1.850 victimes depuis le début du conflit. Le dialogue entre le pouvoir central et les séparatistes est au point mort mais pourrait débuter à la fin du mois de septembre 2019 selon la volonté annoncée par le président Paul Biya le 10 septembre 2019.

Politique de traitement

La politique définie par le commissaire général se fonde sur une analyse approfondie d’informations récentes et détaillées sur la situation générale dans le pays. Ces informations ont été recueillies de manière professionnelle auprès de diverses sources objectives, dont le Bureau européen d’appui en matière d’asile, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies, des organisations internationales de défense des droits de l’homme, des organisations non gouvernementales, ainsi que la littérature spécialisée et les médias. Pour définir sa politique, le commissaire général ne se fonde donc pas exclusivement sur les COI Focus publiés sur le site du CGRA, qui ne traitent que de certains aspects particuliers de la situation du pays. Le fait qu’un COI Focus date d’un certain temps déjà ne signifie donc pas que la politique menée par le commissaire général ne soit plus d’actualité.

Pour examiner une demande d’asile, le commissaire général tient non seulement compte de la situation objective dans le pays d’origine à la date de la décision mais également de la situation individuelle et des circonstances personnelles du demandeur. Chaque demande d’asile est examinée au cas par cas. Le demandeur d’asile doit montrer de manière suffisamment concrète qu’il éprouve une crainte fondée de persécution ou court un risque réel d’atteintes graves. Il ne peut donc se contenter de renvoyer à la situation générale dans son pays mais doit également présenter des faits concrets et crédibles le concernant personnellement.

Pour ce pays, il n’y a pas une note de politique de traitement disponible sur le site web.

Land: 
Cameroun
Nouvelle adresse CGRA