Ce rapport dresse un état des lieux de la situation sécuritaire dans les régions anglophones du Cameroun. Il porte en particulier sur la période allant d’octobre 2021 à janvier 2023 et met à jour le COI Focus intitulé Crise anglophone : situation sécuritaire, daté du 19 novembre 2021. La recherche pour cette mise à jour a été clôturée le 23 janvier 2023.
La crise anglophone a commencé en novembre 2016 par des manifestations pacifiques, accompagnées de revendications de réformes, portées notamment par des avocats, des étudiants et des enseignants. Fin 2017, la situation a dégénéré en conflit armé. Durant la période étudiée dans ce rapport (octobre 2021-janvier 2023), le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a perduré, avec des pics de violence extrême.
Les divisions entre les groupes séparatistes persistent et ont causé l’éclatement du mouvement sécessionniste. Sur le terrain, les séparatistes ont pour la plupart délaissé leurs revendications idéologiques et ont adopté, au sein d’une multitude de groupes armés, des pratiques relevant de la criminalité. Une logique d’économie de la guerre est apparue, impliquant des enlèvements contre rançons et l’extorsion des populations.
Des violations des droits de l’homme sont commises tant par les groupes armés que par les forces gouvernementales. Les séparatistes se sont rendus responsables d’homicides, d’enlèvements, de rackets et d’intimidations. Les forces camerounaises sont accusées de mener des opérations punitives sous forme de raids sur des villages, de procéder à des tortures, des pillages, des exécutions extrajudiciaires ainsi qu’à des arrestations et détentions arbitraires. Des violences basées sur le genre sont perpétrées par les deux camps. Les auteurs d’exactions restent largement impunis même si les autorités camerounaises ont reconnu les responsabilités de l’armée dans certains abus.
La population civile continue de faire les frais des incidents violents, soit en étant directement visée, soit parce qu’elle est prise en étau entre les forces gouvernementales et les groupes armés. Les séparatistes visent en particulier les civils qu’ils soupçonnent de collaborer avec les forces gouvernementales et ceux qui refusent de se soumettre aux boycotts imposés. Les forces de défense et de sécurité mènent une campagne de représailles à l’égard de ceux qui, d’après elles, soutiennent les combattants armés. Dans ce contexte, les élèves et le personnel éducatif, les travailleurs humanitaires, le personnel de santé, les chefs traditionnels, les fonctionnaires et les élus ainsi que les journalistes sont des catégories particulièrement ciblées par la violence.
Les violences sont largement contenues au sein des régions anglophones et y sont plus prononcées au Nord-Ouest qu’au Sud-Ouest. Les zones rurales sont davantage touchées que les centres urbains, considérés plus sûrs. Les villes sont néanmoins affectées par la violence de manière imprévisible. Si l’épicentre des violences se trouve dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, quelques incidents sécuritaires ont été enregistrés en dehors des régions anglophones, dans des localités limitrophes de la région de l’Ouest.
L’insécurité a contraint quelque 600.000 personnes à se déplacer à l’intérieur des deux régions anglophones ainsi que dans les régions voisines de l’Ouest, du Littoral et du Centre. Au sein des régions anglophones, les déplacements sont majoritairement pendulaires. Les anglophones se réfugient également en nombre dans la zone francophone où ils vivent dans une grande précarité. Les sources consultées ne font pas état de violences de la part des autorités à l’encontre des déplacés anglophones. Les communautés anglophones déplacées peuvent faire l’objet de discriminations liées à la langue dans les services publics.
Le conflit a considérablement impacté la vie quotidienne dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Bien que certains groupes séparatistes ont officiellement mis fin au boycott scolaire en 2020, les attaques contre les écoles se poursuivent. Moins de la moitié des écoles sont fonctionnelles et seuls 54 % des étudiants sont inscrits pour l’année académique 2022-2023. L’insécurité met l’économie des régions anglophones en crise et perturbe directement les activités agricoles, affectant l’approvisionnement alimentaire. L’impact du conflit sur la santé mentale est également important. Les déplacements entre les différentes régions du pays sont possibles, dans des conditions de sécurité imprévisibles en raison du risque d’attaques et de la présence de postes de contrôle sur les routes, tenus à la fois par les groupes armés et par les forces de sécurité. Les lockdowns continuent à être imposés par les séparatistes. En outre, l'accès aux services publics de base est sensiblement entravé par l'insécurité persistante.
Politique de traitement
La politique définie par le commissaire général se fonde sur une analyse approfondie d’informations récentes et détaillées sur la situation générale dans le pays. Ces informations ont été recueillies de manière professionnelle auprès de diverses sources objectives, dont l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA), le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), des organisations internationales de défense des droits de l’homme, des organisations non gouvernementales, ainsi que la littérature spécialisée et les médias. Pour définir sa politique, le commissaire général ne se fonde donc pas exclusivement sur les COI Focus publiés sur le site du CGRA, qui ne traitent que de certains aspects particuliers de la situation du pays. Le fait qu’un COI Focus date d’un certain temps déjà ne signifie donc pas que la politique menée par le commissaire général ne soit plus d’actualité.
Pour examiner une demande d’asile, le commissaire général tient non seulement compte de la situation objective dans le pays d’origine à la date de la décision mais également de la situation individuelle et des circonstances personnelles du demandeur. Chaque demande d’asile est examinée au cas par cas. Le demandeur d’asile doit montrer de manière suffisamment concrète qu’il éprouve une crainte fondée de persécution ou court un risque réel d’atteintes graves. Il ne peut donc se contenter de renvoyer à la situation générale dans son pays mais doit également présenter des faits concrets et crédibles le concernant personnellement.
Pour ce pays, il n’y a pas une note de politique de traitement disponible sur le site Internet du CGRA.
