Situation sécuritaire

Français

L’objectif de la présente recherche consiste à dresser un état des lieux de la situation sécuritaire au Liban.

Le présent document met à jour le COI Focus Liban - Situation sécuritaire du 14 mai 2019. La mise à jour concerne la période du 1er juin 2019 à fin février 2020. Les recherches ont été clôturées le 11 mars 2020.

Cette analyse a pour but de donner une vue d’ensemble de la situation sécuritaire au Liban et ne propose pas de recensement exhaustif de tous les incidents survenus dans le pays. Les incidents mentionnés visent principalement à mettre en évidence les tendances générales observées à l’échelle du pays ou dans une région donnée.

Au Liban, le pouvoir est partagé selon des quotas confessionnels, d’où un système politique fortement polarisé, enclin aux conflits et aux ingérences étrangères. Le Liban est un pays qui connaît un Etat faible et un fragile équilibre confessionnel. La prolifération des armes et la présence de milices armées entraînent un risque de sécurité pour les civils libanais, d’après le Conseil de sécurité de l’ONU. Le pays a subi les contrecoups de la guerre civile en Syrie, qui a accentué la polarisation de la vie politique, suscité une crise massive de l’asile et aggravé les tensions confessionnelles. Les sources consultées observent une polarisation accrue entre sunnites et chiites dans le pays. D’autre part, comme la guerre civile libanaise reste fortement présente dans la mémoire collective, les dirigeants politiques et religieux appellent la population au calme à chaque nouvelle poussée des tensions. Selon les observateurs, les règles de partage du pouvoir de l’après-guerre et les intérêts des différentes élites religieuses permettent d’éviter une nouvelle guerre civile. Les deux camps politiques libanais maintiennent un dialogue.

A aucun moment, la violence au Liban n’a pris la même ampleur qu’en Syrie. Elle s’est plutôt limitée à une « guerre de l’ombre », qui prenait la forme d’attentats (principalement contre le Hezbollah et l’armée), d’affrontements frontaliers entre les différentes parties et d’enlèvements à caractère confessionnel. En 2016, 2017 et 2018, les observateurs ont constaté une amélioration de la situation sécuritaire générale. Les opérations de l’armée et du Hezbollah, et l’évolution de la situation en Syrie, sont parmi les facteurs qui ont entraîné une nette diminution de la violence.

L’autorité étatique a été restaurée dans la région frontalière du nord-est à l’été 2017, ce qui a également permis de réduire l’impact de la guerre en Syrie sur la sécurité dans le pays. Le Hezbollah et l’armée contrôlent à présent toute la région frontalière avec la Syrie. Le départ de près d’un millier de combattants de l’EI et du HTS a mis fin aux affrontements armés qui opposaient presque quotidiennement l’armée à ces deux formations dans la région frontalière du nord-est.

La fin de la violence armée dans la région frontalière et la prise de contrôle par le régime Assad d’une grande partie de l’ouest de la Syrie ont mis fin à la violence transfrontalière depuis la Syrie (tirs de roquettes et de mortier par des groupes rebelles et frappes aériennes de l’armée syrienne). Depuis la fin de l’été 2017, on n’a plus signalé de violences le long de la frontière syrienne.

Plusieurs mouvements salafistes locaux ont été démantelés et un grand nombre d’extrémistes ont été arrêtés. Alors qu’en 2014, la plupart des civils victimes des violences confessionnelles étaient recensés dans la banlieue sud de Beyrouth et dans un certain nombre de quartiers densément peuplés de Tripoli, ce type de violences a maintenant pris fin. Le dernier attentat terroriste commis à Beyrouth a eu lieu en 2015. A Tripoli, un « loup solitaire » partisan de l’EI a commis un attentat suicide, tuant un civil, deux policiers et deux soldats.

Après avoir été systématiquement reportées depuis 2013 pour des raisons de sécurité, des élections législatives ont enfin pu avoir lieu le 6 mai 2018. Le bloc parlementaire lié au Hezbollah a encore renforcé sa position à la faveur du scrutin. Le gouvernement d’union nationale issu de ces élections a démissionné en octobre 2019 après des manifestations d’ampleur inédite contre la corruption et l’incurie du gouvernement. Le nouveau gouvernement investi au 21 janvier 2020 se compose d’un seul bloc politique, une première depuis 2005. Le Hezbollah exerce une influence déterminante sur ce gouvernement qui a pour mission de sortir le Liban de sa plus grave crise économique depuis le début de la guerre civile et de conjurer la colère du peuple libanais.

Selon des organisations de défense des droits de l’homme, les forces de l’ordre ont recours à une force excessive pour disperser des manifestants. Leurs interventions ont fait environ un millier de blessés, la plupart à Beyrouth, ainsi que deux morts (civils), un à Tripoli et un à Khaldé.

La situation au Sud-Liban est restée stable pendant la période de référence, malgré la rhétorique guerrière de part et d’autre de la frontière. La résolution 1701 des Nations unies, qui a mis un terme au conflit entre le Hezbollah et Israël en 2006, est largement respectée par les deux parties. Pendant la période de référence, cette résolution a toutefois été violée par Israël, qui a envoyé des drones au-dessus de Beyrouth, dont un s’est écrasé au sol dans la banlieue sud alors qu’un autre a explosé en vol, sans faire de victimes. Le Hezbollah a fait preuve de modération dans sa riposte. Les deux parties s’en tiennent à une stratégie d’équilibre de la terreur.

Aucune formation libanaise, ni aucun pays (Iran, Israël), n’a intérêt à une escalade de la violence qui raviverait le risque de guerre civile au Liban.

Les violences observées pendant la période de référence consistaient aussi en violences de nature criminelle, qui ont également fait des morts et des blessés. La région de Baalbek-Hermel abrite des clans influents et armés qui constituent de fait des milices se rendant coupable de violences confessionnelles ou criminelles. Quelque cinq enlèvements ont été recensés pendant la période de référence. Plusieurs raids et arrestations d’extrémistes présumés ont en outre donné lieu à des fusillades.

La situation est restée relativement calme dans les camps palestiniens. Les factions palestiniennes du camp de Mieh Mieh ont conclu un accord avec l’armée libanaise pour la remise de toutes les armes présentes dans le camp. Cet accord en deux étapes a immédiatement été appliqué par les factions. Les armes collectées dans le camp ont été entreposées dans celui d’Ain al-Hilwah.  Les tensions ont baissé en 2018 à Ain al-Hilwah, avec une baisse des affrontements entre le Fatah et les groupes islamistes. Plusieurs membres d’organisations extrémistes ont quitté le camp, se sont rendus aux autorités, ont été livrés à celles-ci ou ont été arrêtés. La Force de sécurité conjointe s’est déployée dans les quartiers les plus sensibles. Fin 2019, huit islamistes particulièrement dangereux recherchés par les autorités ont profité du chaos au Liban pour fuir vers la Syrie. En 2018, des incidents isolés entre membres de factions armées présentes dans le camp ont fait environ sept morts et dix-sept blessés. Au moins cinq des morts étaient des civils, de même que la plupart des blessés, ces incidents s’étant produits dans des quartiers densément peuplés. En 2019 et dans les premiers mois de 2020, des tirs isolés entre militants de l’une ou l’autre faction armée ont encore eu lieu, dont un affrontement grave en août 2019. Selon les sources consultées, ce type de violence aurait fait environ cinq morts dont au moins un civil présumé.

Politique de traitement

La politique définie par le commissaire général se fonde sur une analyse approfondie d’informations récentes et détaillées sur la situation générale dans le pays. Ces informations ont été recueillies de manière professionnelle auprès de diverses sources objectives, dont le Bureau européen d’appui en matière d’asile, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies, des organisations internationales de défense des droits de l’homme, des organisations non gouvernementales, ainsi que la littérature spécialisée et les médias. Pour définir sa politique, le commissaire général ne se fonde donc pas exclusivement sur les COI Focus publiés sur le site du CGRA, qui ne traitent que de certains aspects particuliers de la situation du pays. Le fait qu’un COI Focus date d’un certain temps déjà ne signifie donc pas que la politique menée par le commissaire général ne soit plus d’actualité.

Pour examiner une demande d’asile, le commissaire général tient non seulement compte de la situation objective dans le pays d’origine à la date de la décision mais également de la situation individuelle et des circonstances personnelles du demandeur. Chaque demande d’asile est examinée au cas par cas. Le demandeur d’asile doit montrer de manière suffisamment concrète qu’il éprouve une crainte fondée de persécution ou court un risque réel d’atteintes graves. Il ne peut donc se contenter de renvoyer à la situation générale dans son pays mais doit également présenter des faits concrets et crédibles le concernant personnellement.

Pour ce pays, il n’y a pas une note de politique de traitement disponible sur le site Internet du CGRA.

Land: 
Liban

Nouvelle adresse CGRA