En 2015, la crise politique et sécuritaire autour du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza a provoqué le déplacement de centaines de milliers de Burundais vers les pays voisins. De nombreux opposants politiques, des membres de la société civile et de la presse se sont exilés en Belgique. Les relations entre le Burundi et la Belgique, l’un des principaux partenaires bilatéraux en matière de coopération au développement, se sont fortement détériorées. Toutefois, depuis l’élection du président Évariste Ndayishimiye en 2020, plusieurs rencontres entre représentants diplomatiques et politiques burundais et belges ont eu lieu. En décembre 2023, les deux pays se sont félicités de la normalisation des relations bilatérales et ont signé un nouveau programme de coopération, le premier depuis l’interruption de l’aide directe en 2015. En avril 2025, le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, s’est rendu au Burundi. Il s’agissait de la première visite officielle d’un membre du gouvernement belge en plus de dix ans.
La Belgique héberge une importante diaspora burundaise divisée, parfois polarisée, entre partisans et opposants du pouvoir. En élaborant une Politique nationale de la diaspora, le gouvernement tente d’impliquer dans le développement économique du pays les Burundais vivant à l’étranger, notamment par l’organisation annuelle d’une semaine de la diaspora à Bujumbura. Le gouvernement ambitionne entre autres une augmentation des transferts financiers de la diaspora vers le Burundi. Par ailleurs, à travers ses antennes en Belgique, le Service national de renseignement (SNR) surveille la diaspora burundaise afin d’identifier d’éventuelles menaces extérieures.
Lors d’une interview fin mai 2026, l’ambassadeur burundais à Bruxelles a tenu des propos controversés concernant la surveillance de la diaspora burundaise. Ces propos portaient en particulier sur 34 exilés burundais visés par des mandats d’arrêt internationaux émis par le gouvernement burundais.
La loi portant réglementation des migrations au Burundi prévoit une peine de prison de six mois à deux ans pour toute personne entrant ou séjournant au Burundi en violation des dispositions de cette loi. Elle impose notamment l’obligation d’être muni d’un document de voyage valide pour quitter le territoire et de passer par un poste-frontière reconnu. Le Cedoca n’a trouvé aucune disposition légale incriminant le fait d’avoir demandé une protection internationale et/ou d’avoir séjourné à l’étranger.
Entre début 2020 et fin mai 2026, 40 retours volontaires ont eu lieu depuis la Belgique vers le Burundi. Entre début 2020 et fin mai 2026, 13 ressortissants burundais ont été refoulés depuis la frontière belge dont 4 personnes qui avaient introduit une demande de protection internationale (DPI) et 2 qui ont été rapatriées de force sous escorte policière. L’Office des étrangers (OE) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) affirment ne jamais communiquer aux autorités du pays d’origine le fait qu’un rapatrié a demandé la protection internationale en Belgique. Aucun rapatriement forcé depuis le territoire belge vers le Burundi n’a eu lieu depuis 2015.
Aucun rapport publié par une organisation burundaise ou par une organisation internationale portant sur la situation des droits humains au Burundi en 2024, 2025 ou 2026, ni aucune autre source consultée par le Cedoca - notamment les médias locaux et internationaux - ne font état de rapatriements vers le Burundi depuis la Belgique. Aucune source ne signale non plus de difficultés rencontrées lors du retour sur le territoire par des ressortissants burundais rentrant de Belgique pour le seul fait d’avoir séjourné à l’étranger et/ou d’y avoir introduit une DPI ou pour d’autres raisons.
Par ailleurs, fin mai 2026, suite à plusieurs rapatriements forcés de ressortissants burundais depuis la Suisse, une coalition d’associations suisses a déclaré avoir documenté plusieurs problèmes avec les autorités burundaises rencontrés par certains de ces rapatriés burundais. Plusieurs d’entre eux auraient été interrogés à leur arrivée, certains auraient été détenus et contraints de payer de l’argent en échange de leur libération. Une personne rapatriée a communiqué aux associations suisses avoir été arrêtée et détenue pendant plusieurs semaines et avoir subi des violences psychologiques, physiques et sexuelles en détention. Ce dernier cas a été corroboré par la Ligue burundaise des droits de l’homme Iteka. D’autres organisations burundaises de défense des droits humains ont également documenté certains problèmes vécus par ces Burundais rapatriés depuis la Suisse. Plusieurs d’entre eux ont de nouveau quitté le Burundi pour un pays voisin. Ce COI Focus reflète l’état des informations recueillies au moment de la rédaction. Ces informations n’ont pas toutes pu être vérifiées de manière indépendante par le Cedoca. Par ailleurs, des informations fournies par le Secrétariat d'État aux migrations (SEM), l’autorité fédérale suisse en matière de migration et de protection internationale, ne corroborent pas différentes déclarations des autres sources.
Les associations suisses sont soutenues par le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi qui souligne que les risques de ce qu’il qualifie de « persécution post-retour » ne sont ni théoriques ni hypothétiques mais réels. Il estime que le simple fait d’avoir sollicité une protection internationale à l’étranger est perçu comme un acte de déloyauté envers le régime, qu’un rapatrié burundais fait l’objet d’une surveillance exercée par le SNR à l’arrivée mais aussi par les Imbonerakure dans les communautés locales, et qu’il existe des risques différés auxquels font face ces rapatriés, et pas seulement des risques immédiats à l’arrivée à l’aéroport.
Des sources burundaises ont rapporté des problèmes rencontrés par certaines personnes rapatriées depuis les pays voisins du Burundi. En ce qui concerne la réintégration, de nombreux rapatriés rencontrent des défis dans plusieurs domaines, comme l’accès à la justice, à l’enseignement, à la santé, au logement et à la terre et aux moyens de subsistance. Quant à la sécurité des réfugiés rapatriés, différentes sources relèvent des risques de « persécution » et de « répression » et ont cité plusieurs cas de rapatriés victimes d’exactions. Le Cedoca n’est toutefois pas en mesure d’en identifier les motifs précis ni d’établir un lien éventuel avec leur exil antérieur dans un pays voisin.
Politique de traitement
La politique définie par le commissaire général se fonde sur une analyse approfondie d’informations récentes et détaillées sur la situation générale dans le pays. Ces informations ont été recueillies de manière professionnelle auprès de diverses sources objectives, dont l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA), le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), des organisations internationales de défense des droits de l’homme, des organisations non gouvernementales, ainsi que la littérature spécialisée et les médias. Pour définir sa politique, le commissaire général ne se fonde donc pas exclusivement sur les COI Focus publiés sur le site du CGRA, qui ne traitent que de certains aspects particuliers de la situation du pays. Le fait qu’un COI Focus date d’un certain temps déjà ne signifie donc pas que la politique menée par le commissaire général ne soit plus d’actualité.
Pour examiner une demande d’asile, le commissaire général tient non seulement compte de la situation objective dans le pays d’origine à la date de la décision mais également de la situation individuelle et des circonstances personnelles du demandeur. Chaque demande d’asile est examinée au cas par cas. Le demandeur d’asile doit montrer de manière suffisamment concrète qu’il éprouve une crainte fondée de persécution ou court un risque réel d’atteintes graves. Il ne peut donc se contenter de renvoyer à la situation générale dans son pays mais doit également présenter des faits concrets et crédibles le concernant personnellement.
Pour ce pays, il n’y a pas de note de politique de traitement disponible sur le site Internet du CGRA.
