Veiligheidssituatie in Somaliland en Puntland

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Ce document porte sur la situation sécuritaire dans les régions du nord de la Somalie au cours de la période du 1er janvier 2018 au 30 avril 2019, plus précisément au Somaliland, au Puntland et dans les régions contestées (Sool et Sanaag). Il s’agit d’une mise à jour du COI Focus Somalië. Veiligheidssituatie in Somaliland en Puntland [Somalie. La situation sécuritaire au Somaliland et au Puntland] du 24 avril 2018. Le Cedoca a clôturé ses recherches le 30 avril 2019.

Selon plusieurs sources, la république auto-proclamée du Somaliland et l’Etat fédéré du Puntland connaissent une paix et une stabilité relatives. Les autorités de ces deux régions n’exercent  toutefois pas un contrôle total sur leurs territoires respectifs.  Dans les régions contestées, à savoir les régions de Sool et de Sanaag, ainsi que le district de Buuhoodle, des conflits frontaliers éclatent parfois entre les forces de sécurité du Somaliland et celles du Puntland.

Il n’y a pas de statistiques officielles sur les incidents violents au Somaliland, au Puntland et dans les régions contestées. Pour les chiffres sur les incidents de sécurité, le Cedoca se reporte à la base de données de l’ACLED. Il n’y a pas non plus de statistiques fiables sur le nombre de victimes civiles en Somalie, selon plusieurs sources.

Au cours de la période de référence, la situation sécuritaire au Puntland, au Somaliland et dans les régions contestées était principalement influencée par les affrontements entre forces de l’ordre du Somaliland et du Puntland dans les régions contestées, notamment autour de la ville de Tukaraq (district de Las Anod, région de Sool). Les activités au Puntland de groupes terroristes tels que al-Shabaab (AS) et l’Etat islamique de Somalie (EIS) ont une incidence sur la stabilité de cet Etat fédéré. Dans la partie nord de la Somalie, des violences sont également commises par les services de sécurité, les milices claniques et des groupes armés non identifiés. Ces violences font parfois des victimes civiles, parfois de manière délibérée, et elles poussent d’autres civils à fuir. Pendant la période de référence, la violence au Somaliland, au Puntland et dans les régions contestées a pris trois formes principales : des offensives terrestres, des attentats à l’explosif et des assassinats par arme à feu. Les attentats à l’explosif sont principalement revendiqués par AS. Les fusillades et les assassinats ciblés (à l’aide d’armes à feu) sont plutôt le fait de milices claniques, de services de sécurité et de groupes armés non identifiés, de l’EIS et d’AS.

Aucun attentat terroriste d’AS ou de l’EIS n’a été recensé au Somaliland pendant la période de référence. Du fait de la stabilité relative qui y prévaut, cette région est moins vulnérable aux attaques de ces groupes djihadistes. Plusieurs sources supposent toutefois une présence d’AS au Somaliland, mais avec des capacités réduites. L’EIS utilise cette région principalement comme zone de transit et de regroupement pour ses nouvelles recrues. Pendant la période de référence, l’ACLED a enregistré une majorité d’incidents dus à la violence clanique, à la violence des milices et à des groupes non identifiés. Ces incidents font parfois des victimes civiles. La plupart des incidents ont été recensés par l’ACLED au premier semestre de 2018 (11), avec une stabilisation au deuxième semestre (10). Au cours des quatre premiers mois de 2019, l’ACLED a recensé 10 incidents au Somaliland. Sur l’ensemble de la période de référence, les violences classées dans la catégorie violence against civilians sont celles qui ont fait le plus de morts parmi les civils (4).

Pendant la période de référence, les principales menaces pour la sécurité provenaient des activités d’AS et de l’EIS (et les affrontements entre ces deux groupes terroristes), ainsi que de la violence clanique et de la violence de groupes armés non identifiés. Les opérations du gouvernement impliquent en général la PDF et des unités Darawish. L’US AFRICOM et la PSF ont mené des attaques aériennes contre des cibles d’AS et de l’EIS au cours de la période de référence. Le plus grand nombre d’incidents (142) a été recensé par l’ACLED au premier semestre 2018. Une baisse a été observée au deuxième semestre 2018 (89, et cette tendance s’est poursuivie dans les quatre premiers mois de 2019 (54). Le nombre de morts suit la même tendance : de 254 dans la première moitié de 2018 à 99 dans la deuxième moitié et 53 dans les quatre premiers mois de 2019. Au Puntland et pendant toute la période de référence, la plupart des morts sont dus à des incidents qualifiés de battles (200), suivis par explosions/remote violence (108) et violence against civilians (98).

Certaines informations laissent penser qu’AS a renforcé sa présence dans les monts Galgala. Pendant la période de référence, AS n’a pas commis au Puntland d’attentats majeurs faisant un nombre élevé de morts.

Depuis novembre 2017, les Etats-Unis effectuent des frappes aériennes contre l’EIS, qui a réduit ses activités au Puntland suite à ces attaques. Pendant la période de référence, l’EIS a racketté des hommes d’affaires, n’hésitant pas à recourir à la violence en cas de non-paiement. Selon une analyse, l’EIS n’est pas en mesure de lancer des attaques nécessitant des moyens sophistiqués.

En décembre 2018, AS a déclaré la guerre à l’EIS, qui avait commencé à lever un impôt dans les grandes villes, dont Bosaso et Mogadiscio, et à étendre son champ d’action à la capitale, mais aussi en raison de ses liens avec des activités terroristes en occident. Au début de 2019, des incidents attribués à des rivalités entre ces deux groupes djihadistes sont signalés au Puntland. Ces deux groupes sont également en concurrence pour chercher un appui dans les populations locales, ce qui entraîne un danger potentiel pour les civils.

En ce qui concerne les régions contestées, les tensions entre le Somaliland et le Puntland se traduisent dans la région de Sool par des affrontements armés, principalement entre la SLA et la PDF. Début 2018, le Somaliland a repris la ville de Tukaraq au Puntland. En dépit de plusieurs tentatives locales et internationales de médiation, des flambées de violence se produisent encore régulièrement en 2018. Les combats ont toutefois diminué entre juillet et la fin 2018. Au cours des quatre premiers mois de 2019, le Cedoca n’a pas trouvé d’informations sur d’éventuels incidents frontaliers. Pendant la période de référence, des combats entre clans et sous-clans ont également eu lieu, principalement pour l’accès à l’eau et aux terres. Le nombre d’incidents recensés par l’ACLED dans la première moitié de 2018 (58) est quasiment égal au nombre recensé dans la deuxième moitié (59). On observe toutefois une baisse au cours des quatre premiers mois de 2019 (16). En ce qui concerne le nombre de morts, l’ACLED en a recensé 175 au premier semestre 2018, 90 au deuxième semestre et 8 pendant les quatre premiers mois de 2019. Pendant toute la période de référence, ce sont les incidents classés par l’ACLED comme battles qui ont fait le plus grand nombre de victimes mortelles (252). Les incidents relevant de la catégorie violence against civilians en ont fait 26, contre 3 pour la catégorie explosions/remote violence.

L’insécurité, les conditions climatiques (sécheresse, ouragan Sagar, inondations) et le manque d’emplois sont les causes sous-jacentes de la migration (temporaire) de la population locale. La sécheresse a été la principale raison des déplacements de population dans l’ensemble de la région pendant la période de référence. La violence dans la région de Sool, près de la ville de Tukaraq, a poussé la population locale à fuir. L’OCHA a rapporté en juillet 2018 que 12.800 personnes avaient fui le conflit armé à Tukaraq. Selon le ministre des Affaires étrangères du Puntland, 80% de la population de Tukaraq est déplacée.

La force d’attraction du tahriib s’accroît depuis plusieurs années au Puntland et au Somaliland, mais on ne dispose pas de chiffres sur le nombre de jeunes qui partent pour l’Europe.

L’OCHA a rapporté en avril 2019 que la situation humanitaire s’est aggravée en raison d’un déficit pluviométrique plusieurs années de suite. La sécheresse dans le pays entraîne de nouveaux déplacements de population et met en péril l’approvisionnement alimentaire dans le nord-est de la Somalie. Le nord des districts d’Awdal et de Wooqooyi Galbeed, au Somaliland, sont les plus touchés par la disette. Des réfugiés en provenance du Yémen continuent toutefois d’arriver dans le nord de la Somalie.

En ce qui concerne la mobilité dans la région, les axes routiers au Somaliland et au Puntland sont ouverts au trafic et praticables. Seule la route qui relie Garowe (Puntland) à Burao (Somaliland) est partiellement fermée au trafic.

Politique de traitement

Depuis la chute du président Siad Barre en 1991, la Somalie est plongée dans le chaos. Plusieurs autorités de transition se sont succédé depuis l’an 2000. Dans les années 1990, le Somaliland et le Puntland ont acquis une indépendance de fait par rapport à l’Etat fédéral somalien. La situation sécuritaire au Somali est en grand partie déterminée par un conflit armé interne de longue durée en raison duquel un grand nombre de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays ou se sont réfugiées à l’étranger. Pour évaluer le besoin de protection internationale, le commissaire général tient compte du fait qu’il y a des différences fondamentales dans la situation à Mogadiscio, dans le centre et le sud de la Somalie, d’une part, et la situation au Puntland et au Somaliland, d’autre part.

Land: 
Somalie

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